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Julien
Biographie
Mercredi, 27 Août 2008 07:43

BIOGRAPHIE DE JULIEN

Photo de Julien II l'Apostat
Photo de Julien II L'Apostat
Flavius Claudius Julianus (mai/juin 332 - 26 juin 363), nommé Julien l'Apostat par la tradition chrétienne, aussi appelé Julien le Philosophe ou Julien II (par référence à Didius Julianus), est César en Gaule de 355 à 361 de Constance II, puis empereur romain à part entière de 361 à 363. Il doit son surnom à sa tentative de restaurer la religion païenne dans l'empire romain, alors qu'il avait été élevé dans la religion chrétienne (plus exactement dans l'arianisme, sous la direction des évêques Eusèbe de Nicomédie, puis Georges de Cappadoce). Il a produit des écrits critiques contre le christianisme qui, avec le Discours Vrai de Celse, est le meilleur témoin de l'opposition païenne au christianisme.

ORIGINES DE JULIEN

Neveu de Constantin I, qui est le demi-frère de son père Jules Constance, et dernier survivant, avec son demi-frère Gallus, de la branche cadette des descendants de l'empereur Constance Chlore, fils de Basilina, il est élevé dans le christianisme et à l'écart de la cour. Il se convertit secrètement à l'ancienne religion et fait des études de lettres et de philosophie, pendant que Gallus est promu César à Antioche, puis exécuté, Constance II étant mécontent de la manière de gouverner.

ACCESSION AU POUVOIR DE JULIEN

Alors qu'il a commencé à approfondir ses études de philosophie à Athènes, il est soudain rappelé à la cour. En 355, après avoir épousé Hélène (dite « la jeune », par opposition à sa grand-mère l'impératrice), sœur de l'empereur Constance II, son cousin, celui-ci l'envoie en Gaule avec le titre de César, c'est-à-dire de vice-empereur. Il voit cette promotion comme fastidieuse et dangereuse, comme il en témoigne :
« Je ne dois pas omettre de raconter ici comment j'ai consenti et choisi de vivre sous le même toit que ceux dont je savais qu'ils avaient miné toute ma famille, et dont je soupçonnais qu'il ne leur faudrait pas beaucoup de temps avant de comploter contre moi. J'ai versé des torrents de larmes, j'ai poussé des gémissements. J'ai tendu les mains vers votre Acropole, quand je reçus l'appel, et j'ai prié Athéna de sauver son suppliant, de ne pas l'abandonner. Beaucoup d'entre vous m'ont vu et en sont témoins. La déesse même, plus que quiconque, sait que je lui ai demandé de me faire mourir à Athènes plutôt que de me laisser faire ce voyage. Or, la déesse n'a pas trahi ni abandonné son suppliant ; elle l'a montré par des faits. Car partout elle m'a guidé, et de tous côtés elle m'a entouré d'anges gardiens que le Soleil et la Lune lui avaient accordés. Tu es prêt à flatter et à aduler par crainte de mourir ! Mais il t'est possible de tout laisser tomber et de laisser les dieux agir comme ils veulent, en leur confiant le soin de s'occuper de toi, comme Socrate par exemple jugeait à propos de faire. Tu peux faire, dans la mesure du possible, ce qui dépend de toi, mais tu peux faire dépendre des dieux toute l'affaire. Ne cherche pas à acquérir ni à ravir quoi que ce soit, mais reçois en toute sécurité ce qu'ils te donnent »
— Lettre aux Athéniens, 274d-275b, 276c-277a

Il fait de Lutèce (Paris) sa capitale et se révèle bon administrateur et bon soldat, repoussant les invasions des Alamans en 357 et 360 et des Francs en 358. En 360, spontanément ou parce que Julien les y a poussés, ses soldats le proclament empereur à part entière (Auguste). Constance refusant le fait accompli, Julien marche contre lui vers l'Orient. Mais il n'y a pas de bataille, car Constance meurt en 361, faisant de son compétiteur son successeur.

REGNE DE JULIEN

 
Devenu maître de l'empire tout entier, Julien promulgue un édit de tolérance autorisant toutes les religions et il abroge les mesures prises non seulement contre le paganisme, mais aussi contre les juifs et contre les chrétiens qui ne suivent pas le credo d'inspiration arienne qui avait la faveur de Constance. Cependant, il révèle bien vite sa préférence pour le paganisme et son hostilité au christianisme (loi interdisant aux chrétiens d'enseigner la poésie classique, parce qu'elle évoque des dieux qu'ils refusent, faveurs aux cités qui restaurent les temples, indifférence devant les cas de vexations causées à des chrétiens). Cependant, il ne prend aucune mesure de persécution, déclarant qu'il souhaite que les chrétiens reconnaissent eux-mêmes leur erreur et qu'il ne veut pas les y forcer. Parallèlement, il veut réformer le paganisme (moralité des prêtres, création d'institutions charitables).
Il manifeste son intention de revenir à un empire de forme moins autocratique et plus conforme à la tradition républicaine, mais il règne de manière assez autoritaire. Après avoir réorganisé et assaini l'administration, en réduisant en particulier le personnel du palais et celui qui est affecté à la délation et à l'espionnage, il s'installe à Antioche pour préparer une expédition contre la Perse. Il entre assez vite en conflit avec la population de la ville, d'une part à cause de son paganisme affiché, d'autre part parce que sa rigueur morale s'oppose aux habitudes de vie qui ont cours dans cette métropole.
L'attention de la tradition historique, chrétienne comme anti-chrétienne, a été focalisée sur la politique religieuse de Julien. Mais ce n'est qu'une partie de sa politique et on ne peut dire qu'elle gouvernait tout le reste. Ainsi, en matière administrative, il ne semble pas avoir marqué de préférence religieuse dans le recrutement du personnel.

REMARQUE AU SUJET DE JULIEN

 
Julien est aussi connu pour avoir accordé aux juifs l'autorisation de reconstruire le temple de Jérusalem. Ce fait n'est pas pour rien dans l'animosité que les chrétiens ont nourrie envers cet empereur.

LA FIN DE JULIEN

Au printemps 363, Julien se lance dans une vaste expédition militaire qui le mène victorieusement jusqu'à Ctésiphon, capitale des Perses. Mais il doit entamer une retraite, au cours de laquelle, le 26 juin 363, il est mortellement blessé à la bataille de Ctesiphon.

OEUVRE LITTERAIRE ET PHILOSOPHIQUE DE JULIEN

Julien est l'un des principaux auteurs grecs du IVe siècle. Il a écrit des lettres, des discours et un ouvrage critique contre le christianisme, le Contre les Galiléens. Ce dernier, jugé « démoniaque » par les époques ultérieures, a été détruit ou, du moins n'a pas été conservé. On en connaît cependant une bonne partie grâce au Contre Julien composé par Cyrille d'Alexandrie au Ve siècle (l'œuvre de Cyrille prouve que celle de Julien était encore jugée dangereuse 50 ans plus tard).
Adepte de la philosophie néoplatonicienne, il a néanmoins toujours tenu à préciser qu'il n'était pas parvenu au stade de philosophe à part entière et qu'il n'était dans ce domaine qu'un étudiant. C'est pourquoi il n'a pas écrit d'ouvrage proprement philosophique, même si la plupart de ses écrits s'inspirent explicitement de positions philosophiques. On peut distinguer parmi ses œuvres, outre le Contre les Galiléens :

* des lettres à des amis ou à des personnages de son temps,
* des écrits satiriques ou polémiques : Les Césars, Le Misopogon, Contre Héracleios, Contre les cyniques ignorants,
* des écrits philosophico-religieux : Sur la Mère des dieux, Sur Hélios-Roi,
* des écrits politiques ou philosophico-politiques : Lettre à Thémistius, Lettre aux Athéniens
* des écrits rhétoriques : éloges de Constance (l'empereur, son cousin), d'Eusébie (impératrice, épouse de Constance), une consolation à soi-même.

Dans sa lettre au philosophe Thémistius, il écrit :
« Que personne ne me vienne diviser la philosophie en plusieurs parties, ou la découper en plusieurs morceaux, ou plutôt en créer plusieurs à partir d'une seule ! La vérité est une, et semblablement la philosophie est une, il n'y a pas lieu de s'étonner, cependant, si nous suivons tous d'autres chemins pour l'atteindre. Imaginons un étranger ou, par Zeus, un citoyen de jadis désirant retourner à Athènes. Il pouvait y aller en bateau ou à pied. S'il voyageait par terre, il pouvait se servir, à mon avis, des larges voies publiques, des sentiers ou des raccourcis. En naviguant, il pouvait longer les côtes, ou encore faire comme le vieillard de Pylos et traverser la haute mer. Qu'on ne vienne pas m'objecter que certains de ces voyageurs se sont égarés et qu'arrivés quelque part ailleurs, appâtés par Circé ou par les Lotophages, c'est-à-dire par le plaisir, par l'opinion ou par autre chose, ils ont négligé de poursuivre leur route et d'atteindre leur but. Qu'on examine plutôt les protagonistes de chaque secte, et on découvrira que tout s'accorde »
— Discours, VI, 184c-185a

APRES LA MORT DE JULIEN

 
Julien est devenu très tôt un mythe. Certains païens, en particulier Ammien Marcellin et Libanios, en ont fait un héros de tolérance, de vertu et d'énergie, un homme trop grand pour son temps, qui a succombé sous les coups de la mesquinerie et de la méchanceté (chrétienne, mais pas nécessairement) ambiantes. Inversement, les auteurs chrétiens l'ont présenté comme un imbécile frénétique (Grégoire de Nazianze, qui l'avait connu étudiant à Athènes), un monstre (les historiens ecclésiastiques qui lui attribuent diverses profanations et des sacrifices humains), un apostat pervers (toutes les mesures qu'il a prises, y compris son édit de tolérance visaient selon eux à lutter hypocritement contre le christianisme).

Ainsi selon l'historiographie chrétienne, Julien se serait rendu, en plus d'une occasion, coupable d'actes de persécution violente. Ces citations de contemporains chrétiens de Julien montrent la violence de leur ton polémique :
* Il fait profaner les tombeaux des chrétiens et les reliques ; et lui-même se vante d'avoir ordonné de « détruire tous les tombeaux des athées » ;
* Sur sa volonté, « les païens, mirent le feu aux sépulcres des martyrs, en même temps qu'ils brûlaient le corps de ceux-ci, mêlés par dérision aux plus vils ossements, et jetaient au feu les cendres » ;
* Des meurtres et des massacres de chrétiens suivent ou accompagnent ces confiscations d'églises. Antioche voit le martyre de Théodoret, celui de saint Basile d'Ancyre coupable d'avoir tout haut prié Dieu de préserver les chrétiens de l'apostasie. Déféré pour ce fait au gouverneur de la province, et « ayant, pendant le procès souffert de nombreux tourments, il consomma intrépidement son martyre » ;
* À Héliopolis, le diacre Cyrille est assassiné, des religieuses, exposées nues devant le peuple, outragées, torturées, dépecées ; « des misérables goûtèrent de leur foie et, arrachant leurs entrailles pantelantes, les jetèrent saupoudrées d'orge à des porcs » ;
* À Gaza, le fanatisme païen, déchaîné par l'exemple de l'empereur, accomplit de semblables crimes ;
* Sur la défense faite aux chrétiens d’apprendre et d'enseigner les belles lettres, l'historien Ammien Marcellin, tout païen qu'il fût, déplore lui-même de telles iniquités : « C'est un acte barbare, qu'il faut couvrir d'un éternel silence ».
Cette image négative prévaut tout au cours du Moyen Âge et de l'époque classique, bien que le personnage ait fasciné occasionnellement des originaux (ainsi Montaigne). Ainsi une tradition médiévale met au compte de Julien une série de martyrs en Lorraine, frappant la famille de saint Élophe.
Au XVIIIe siècle, les philosophes (Voltaire en particulier) veulent le réhabiliter, au titre de champion des lumières contre l'obscurantisme chrétien et de champion de la liberté contre l'absolutisme de ce qu'ils appellent « Bas Empire ». Le romantisme (par exemple Alfred de Vigny) s'est passionné à son tour pour le personnage, voyant en lui un romantique avant la lettre, esprit lucide et désespéré, incompris de son siècle et dont la mort en pleine jeunesse donnait le signal du triomphe des médiocres. En 1873, Henrik Ibsen a écrit sur Julien une tragédie gigantesque en dix actes, Empereur ou Galiléen.

Néanmoins, les jugements négatifs voire haineux perdurent : ainsi dans un ouvrage publié en 1911, Jean Guiraud, fondateur de l’Association catholique des chefs de famille et rédacteur de manuels scolaires à destination des établissements privés, décrit ainsi l'action de Julien :

« Il a combattu le christianisme par la violence. Surtout par la persécution légale [...] : chrétiens exclus des emplois publics ; chrétiens victimes de l'injustice légale; chrétiens privés de la liberté d'enseignement »
— Histoire partiale histoire vraie, tome I Des origines à Jeanne d'Arc, neuvième édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1911, p. 146

Jean Guiraud dresse aussi un catalogue qu'il qualifie d'actions persécutrices :

* Il confisque la cathédrale de Césarée en Cappadoce ;
* Il fait brûler l'église de Beyrouth ;
* Sur son ordre, les églises d'Antioche sont fermées, et la principale basilique en est profanée sans qu'il s'y oppose et avec la complicité de ses parents.
Au XXe siècle, les trois images, Julien l'apostat, Julien le philosophe et Julien le héros d'une cause perdue, se prolongent non seulement dans la littérature de fiction, mais même dans les ouvrages de réflexion (avec parfois des variantes : un Julien philosophe athée se cachant sous un paganisme affiché, selon Alexandre Kojève).

POINTS DE VUE SUR JULIEN

Eutrope sur Julien


L'historien Eutrope qui participe à l'expédition contre les Perses, en mars 363, en compagnie de l'empereur Julien, dit de lui dans son Abrégé de l'Histoire Romaine (traduction de N-A Dubois, 1865) :
« Il fut un grand prince, et eût parfaitement bien gouverné l’état, si les destins lui eussent prolongé ses jours. Il était très savant, surtout dans la langue grecque qu’il possédait incomparablement mieux que la langue latine. Il était très éloquent, et avait une mémoire des plus heureuses et des plus fidèles; il tenait un peu trop du philosophe en bien des choses ; il fut très libéral envers ses amis mais il n’eut pas dans certaines rencontres toute l’attention que devait avoir un grand prince. Quelques-uns même prirent de là occasion de donner atteinte à sa gloire. Il fut très équitable l’égard des provinces, et diminua autant qu’il le put les impôts dont elles étaient chargées; se montra affable à tous, et eut peu de soin l’enrichir l’épargne. Sa passion pour la gloire l’emporta souvent à de grands excès; grand persécuteur des Chrétiens, il ne répandait pas néanmoins leur sang, à l’exemple de Marc-Antonin, qu’il s’efforçait de copier en tout »
— Eutrope, Abrége de l'Histoire romaine, livre X, XIV, [1]

Montaigne sur Julien

Julien est mentionné dans les Essais de Montaigne avec une certaine sympathie. L'auteur rappelle qu'il eût été tout aussi légitime de qualifier d'apostats à sa place son prédécesseur et ses successeurs, puisque lui n'avait fait qu'essayer de revenir dans la religion romaine traditionnelle. Ce rappel prenait beaucoup de sens dans une France alors tiraillée entre le catholicisme et la Réforme.

BIBLIOGRAPHIE SUR JULIEN


Oeuvres de Julien


Traduction des Œuvres complètes par Eugène Talbot (1863)

Œuvres complètes trad. Jean Bidez, Les Belles Lettres

1. t. I, 1ère partie : Discours de Julien César (Discours I-IV), 2003, 431 p.
2. t. I, 2e partie : Discours de Julien César
3. t. II, 1ère partie : Discours de Julien l'Empereur (Discours VI-IX), 2003, 314 p. : À Thémistius, Contre Hiérocleios le Cynique, ''Sur la Mère des dieux, Contre les cyniques ignorants
4. t. II, 2e partie : Discours de Julien l'Empereur (Discours X-XII), 2003, 332 p. : Les Césars, Sur Hélios-Roi, Le Misopogon,
5. Lettres, 2003.

Etudes sur Julien

Deux points de vue opposés (mais bien documentés) :


* Voltaire, Dictionnaire philosophique, s.v. « Apostat » et « Julien », 1 et 2;
* P. Allard, Julien l'Apostat, 2 (gros) vol., 1900.

Livres plus récents sur Julien :


* J. Bouffartigue, L'Empereur Julien et la culture de son temps, 1992
* L'Empereur Julien, de l'histoire à la légende, 2 vol., 1978 (Actes d'un colloque) ;
* L. Jerphagnon, Julien, dit l'Apostat, Histoire naturelle et sociale..., 1986 ;
* L. Jerphagnon, Julien dit l'Apostat, Tallandier, 2008;
* (en) Gore Vidal, Julian , roman historique, 1964 ; (fr) Julien, traduction par Jean Rosenthal, Galaade Editions, 1987, 2006
* Benoist-Méchin : L'empereur Julien ou le rêve calciné. Librairie Académique Perrin, 1977.
* Regis Debray, Julien le fidèle, le banquet des démons, Gallimard, 2005
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Mis à jour ( Jeudi, 04 Septembre 2008 06:24 )